samedi 2 janvier 2010

Etions-nous prédestinés à quitter ?




Etions-nous prédestinés à quitter ?


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Hédi Yahmed ... ça vous dit quelque chose ? Tout comme des dizaines de journalistes tunisiens, rien ne prédestinait Yahmed à opter pour ce que j'appellerai l'asile professionnel. Lui, c'était les enquêtes sur les juifs et les bahaïs en Tunisie, l'homosexualité, le couloir de la mort, les Tunisiens de Guantanamo. Lui, c'est, surtout, la fameuse enquête sur la population pénitentiaire en Tunisie, publiée par Réalités le 12 décembre 2002. Contraint à la démission, il s'installa à Paris.
Avant lui, quittèrent Kamel Labidi, ancien de la TAP et correspondant à Tunis du quotidien français la Croix, M'Hamed Krichen, présentateur à la Radio Nationale de l'émission-phare "Affaires Arabes", Habib Ghribi, détenteur du célébrissime "Passeport", et, j'en passe. Rien ne prédestinait tout ce beau monde qui a fait le printemps de la presse tunisienne, durant les années 1980 et 1990, à se réfugier ailleurs, non sans amertume. Non, sans remords et déceptions.
Au fil des années, la liste ne cesse de s'allonger. Suivit, alors, une autre génération. Et, c'est à mon tour, aujourd'hui, de me poser la question : étais-je prédestiné à quitter ?
Remontons au commencement, au mois de mai de l'an 2000. J'avais à peine 19 ans. Mon baptême, je l'ai fait au Renouveau. Que reste-t-il de ces trois années ? Que des souvenirs. Plutôt, de bons et agréables souvenirs. J'ai assisté aux dernières pauses-café quotidiennes entre le trio composé de feu Mohamed Boughenim, feu Béchir Mannoubi et Abdel Sattar Latrache - alias Stoura -. Imaginez l'ambiance !
Rue de Rome, l'éclair de la Parisienne, le choix musical assassinant de Dorra Chammam sur son PC, les réactions à chaud aux papiers de Rim Saïdi - Cheb Mami, "massacré" par Rima, passa avec elle plus d'une heure au téléphone -, l'énergie de Faouzi Bouzayène, la finesse d'Insaf Boughdiri, la voix de Houcine Ben Achour, le sourire de Nadia Haddaoui, le tempérament de feu Mustapha Habibi, les analyses politiques assez originales de Abdel Karim Dermech ... Il serait difficile d'oublier tout cela. Il serait également difficile voire ingrat d'oublier que j'ai eu plein d'opportunités pendant cette expérience. A l'âge de 20 ans, le journal me charge d'accompagner l'Etat-major tunisien en RDC, dans le cadre de sa mission de maintien de la paix. La même année, le chef du service international, Youssef Chebbi, est nommé secrétaire général du Comité de coordination d'El Menzah. Dans une assemblée de la rédaction, il est décidé que j'hérite du service.
En février 2002, tout en gardant mon poste au Renouveau, j'intègre la rédaction du journal parlé à RTCI. Là, aussi, que des souvenirs. Le plus beau, l'inoubliable, c'est notre café à 6h30 du matin, moi, Sleheddine Ben M'Barek, Mohamed Bouamoud et l'inoxydable Moncef Bedda au Mozart. Egalement, le Studio 1, Fatma, Sami, Karim, Hajer, Mohamed Ali, Sarrah, Sondès, Kaouther, Arij, César, Si Gzouni - le fameux -, Zakia, Inès, Adel, REF - il se reconnaîtra - Séjir et toute la "bande". Les blagues trop "spontanées" de Frida.
Etais-je prédestiné à quitter, dès lors ? L'affaire Hédi Yahmed m'a choqué. Quelques mois après son départ à Paris, je le rejoins pour des vacances. Bien avant, l'idée de quitter la Tunisie pour les études me séduisaient. Mais, à aucun moment, je ne songeais à fermer la porte quant à un éventuel retour au bercail.
Les mois ayant précédé mon départ définitif, le 22 octobre 2003, je commençais à voir les choses autrement. Les lueurs d'espoir qui scintillaient, ici et là, quoique sporadiquement, finirent par s'éteindre. La liste des journalistes qui osaient ou essayaient d'oser se réduit, petit à petit. Elle finira par se limiter à Rachid Khechana, feu Tahar Hammami, Néjib Sassi, Lotfi Hajji, Salheddine El Jourchi, Salah Attia, Kamel Ben Younès, Zied Krichane, Khemayès Khayati, Hatem Belhaj et Khaled Tébourbi. Outre les Ben Brik, Ben Sedrine et Omm Zied. Finalement, c'est le lourd fardeau de stagnation et de blocage qui finit par l'emporter. Décision prise. Décision mise en œuvre.
Après mes séjours parisien et cairote, me voilà boucler ma quatrième année à Doha. Et, paradoxalement, la question se métamorphose pour devenir : suis-je prédestiné à retourner en Tunisie?

Bassam Bounenni

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